Comment gérer un conflit entre deux collaborateurs du même service ?

Comment gérer un conflit entre deux collaborateurs du même service ?

J’ai passé quatre ans dans une équipe de huit personnes. Quatre ans à regarder deux collègues s’éviter, se lancer des regards froids lors des réunions, ou s’adresser l’un à l’autre uniquement par messages interposés. Leur manager faisait semblant de ne rien voir. Jusqu’au jour où l’un des deux a claqué la porte en pleine présentation client. Ce jour-là, j’ai compris qu’ignorer un conflit, c’est programmer une catastrophe. Gérer un conflit entre collaborateurs n’est jamais confortable, mais c’est une compétence managériale que j’ai dû apprendre sur le tas, souvent après avoir vu d’autres se planter. Aujourd’hui, je sais que la clé ne réside ni dans l’autorité ni dans la fuite, mais dans une méthode structurée qui commence bien avant l’explosion.

Signes avant-coureurs à repérer

Les tensions ne naissent jamais du jour au lendemain. Elles couvent, se développent en silence, avant de devenir visibles. J’ai appris à détecter ces signaux faibles qui, une fois assemblés, dessinent le portrait d’un conflit naissant. Une baisse soudaine de productivité, un collaborateur qui ne prend plus la parole en réunion alors qu’il était volubile, des échanges d’emails cinglants alors que les bureaux sont à deux mètres l’un de l’autre. Ce sont ces détails que je note mentalement.

Dans une précédente mission, j’avais deux développeurs qui partageaient le même projet. L’un a commencé à systématiquement proposer des solutions alternatives à celles de l’autre, non pour améliorer le code, mais pour marquer son territoire. L’autre répondait par des silences pesants et des validations tardives de pull requests. Personne n’avait levé la main pour dire « il y a un problème ». Mais le langage corporel, lui, parlait : regards évités, pauses café décalées, absences stratégiques lors des stand-up meetings.

Je recommande d’organiser des points individuels réguliers, pas pour surveiller, mais pour écouter. Demander « comment ça va avec l’équipe ? » ouvre souvent des portes insoupçonnées. Certains collaborateurs ne viendront jamais spontanément vous alerter d’une tension. Ils attendent qu’on leur pose la question. J’ai aussi pris l’habitude de croiser les signaux : si deux personnes évoquent le même nom avec une gêne palpable, c’est rarement un hasard.

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Observer la communication non verbale reste un radar efficace. Un collègue qui soupire ostensiblement quand l’autre prend la parole, un ton sec sur Slack, une absence répétée aux événements d’équipe : autant d’indices que quelque chose se fissure. Plus on détecte tôt, moins la situation sera difficile à résoudre. Attendre que les collaborateurs viennent nous voir, c’est souvent attendre que le conflit soit déjà enkysté.

Entretiens individuels préalables

Lorsque j’identifie une tension avérée, je ne convoque jamais les deux parties ensemble pour commencer. C’est l’erreur que j’ai commise une fois, persuadée de gagner du temps. Résultat : un face-à-face explosif où chacun cherchait à prouver qu’il avait raison, sous mon regard impuissant. Depuis, je procède toujours par entretiens individuels en amont. C’est dans ce cadre confidentiel que les collaborateurs acceptent de baisser la garde et de formuler ce qu’ils ressentent vraiment.

Je choisis un lieu neutre, parfois même hors des murs du bureau. J’ai déjà organisé ces entretiens autour d’un café, en marchant dans un parc. L’objectif est de créer un espace où l’autre se sent écouté, sans jugement. Je commence toujours par une question ouverte : « Peux-tu me raconter ce qui s’est passé ? » Puis je laisse le silence faire son travail. Les premières minutes sont souvent factuelles, puis viennent les émotions. C’est là que le vrai conflit apparaît.

J’ai un carnet dans lequel je note, non pour garder des preuves, mais pour structurer ma compréhension. Je reformule régulièrement : « Si je comprends bien, tu te sens ignoré dans les prises de décision ? » Cela permet de valider ma compréhension et de montrer que je suis pleinement présente. Laisser s’exprimer les émotions est essentiel : colère, tristesse, frustration. Tant qu’elles ne sortent pas, elles empoisonnent toute tentative de résolution.

À la fin de chaque entretien, je pose une question clé : « De quoi aurais-tu besoin pour que cette situation s’améliore ? » Cette question déplace le curseur du problème vers la solution. Certains répondent : « Qu’on arrête de me couper la parole », d’autres : « Qu’on respecte mes horaires de travail ». Ces besoins formulés deviennent la base de la médiation à venir. Je termine en annonçant qu’une rencontre commune aura lieu, mais seulement après un temps de décantation.

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Médiation structurée

Une fois les entretiens individuels menés, j’attends généralement deux à trois jours avant d’organiser la rencontre de médiation. Ce délai permet à chacun de digérer l’entretien et de sortir de la phase purement émotionnelle. Lorsque je réunis les deux collaborateurs, je pose d’emblée le cadre : « Nous sommes là pour trouver une solution, pas pour rejouer le conflit. Chacun aura le temps de s’exprimer, sans interruption. »

Je commence par rappeler les faits objectifs que j’ai recueillis, en évitant tout jugement. « J’ai compris que vous aviez des désaccords sur la répartition des tâches du projet X, et que cela a généré des tensions. » Puis je laisse chacun reformuler son point de vue, en veillant à ce que l’autre écoute vraiment. J’interviens si nécessaire pour recadrer : « Attends, laisse-le finir, tu pourras répondre après. »

L’exercice le plus puissant que j’ai expérimenté consiste à demander à chacun de reformuler ce que l’autre vient de dire. « Peux-tu me redire avec tes mots ce que ton collègue vient d’exprimer ? » Cela oblige à l’écoute active et fait souvent tomber des malentendus. J’ai vu des regards changer à ce moment précis, quand l’un réalise que l’autre ne cherchait pas à nuire, mais réagissait à une perception erronée.

Ensuite, je guide vers la recherche de solutions concrètes. « Qu’est-ce qu’on peut mettre en place pour que chacun se sente respecté dans son travail ? » Je note les propositions au tableau ou sur mon carnet. Parfois, il suffit d’un planning partagé, d’un point hebdomadaire dédié, ou d’une clarification des rôles. D’autres fois, il faut accepter qu’une collaboration quotidienne ne soit plus possible et réorganiser les missions.

Je conclus toujours la médiation par un engagement mutuel formalisé. Rien de contractuel, mais un accord oral clair : « Donc vous vous engagez à faire un point tous les lundis et à ne plus utiliser le mail pour les sujets sensibles, c’est bien ça ? » Cette verbalisation crée une forme de rituel qui ancre la résolution. Et j’annonce immédiatement le suivi : « On se revoit dans deux semaines pour faire le point. »

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Entretiens individuels préalables pour gérer un conflit entre deux collaborateurs

Prévention des récidives

Résoudre un conflit ne suffit pas. Prévenir sa réapparition est tout aussi crucial. J’ai appris qu’un conflit mal refermé devient un abcès qui grossit en silence. Après la médiation, je reste vigilante. J’observe les interactions, je questionne en aparté, je vérifie que les engagements sont tenus. Ce n’est ni de la surveillance, ni du contrôle, c’est du soin managérial.

Deux semaines après la médiation, j’organise systématiquement un point de suivi avec chaque collaborateur, puis un point collectif. « Comment vous sentez-vous ? Les solutions mises en place fonctionnent-elles ? » Si des ajustements sont nécessaires, c’est le moment de les faire. J’ai parfois dû réadapter une organisation qui semblait parfaite sur le papier mais qui coincait dans la réalité quotidienne.

Au-delà du cas spécifique, je travaille sur la culture d’équipe. J’ai instauré des rituels simples : un déjeuner d’équipe mensuel, des moments informels où on parle d’autre chose que de travail, des formations à la communication non violente. Ces espaces réduisent les tensions en créant du lien humain. Quand on connaît la passion de l’autre pour le jazz ou son projet de potager urbain, il devient plus difficile de le réduire à un adversaire professionnel.

J’ai également mis en place des canaux de remontée d’information plus fluides. Une boîte à idées anonyme, des points d’équipe où chacun peut exprimer une difficulté sans être jugé, des entretiens individuels trimestriels où je demande systématiquement : « Y a-t-il des tensions que tu perçois dans l’équipe ? » Cette proactivité permet de désamorcer avant l’escalade.

Enfin, je reste consciente que certains conflits révèlent des incompatibilités profondes. Dans ces cas rares mais réels, j’accepte de réorganiser les missions, voire d’accompagner une mobilité interne. Forcer deux personnes à collaborer malgré une incompatibilité avérée, c’est condamner l’équipe entière à un climat toxique. Parfois, la meilleure prévention consiste à accepter qu’une séparation professionnelle est la seule issue saine.

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